La presse s’est fait l’écho récemment d’un avant projet de loi sur
la réforme du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. Il serait envisagé d’abandonner la prime CAT-NAT fixe et identique pour tous au profit d’une prime modulée en fonction de l’exposition aux risques naturels.
Cinq millions de Français habitants de zones inondables, déclarées arbitrairement inconstructibles, se verraient ainsi pénalisés au niveau de leur prime d’assurance jusqu’à ne plus pouvoir être garantis.
Ils ont pourtant conscience que les zones d’expansion des débordements qu’ils habitent participent à l’amortissement des crues au bénéfice de ceux qui sont à l’abri des inondations.
Ces riverains supporteraient ainsi des servitudes non indemnisables supplémentaires sans pouvoir bénéficier de la solidarité nationale prévue dans la Loi Gaston Deferre de 1982.
Les riverains de nos fleuves ont conscience d’être eux-mêmes victimes des lacunes de la prévention contre les catastrophes naturelles dont la collectivité nationale et les collectivités locales ont la charge : chaîne d’alerte insuffisante,transmissions insuffisamment durcies, moyens de secours insuffisants , gestion inexistante des ouvrages de protection, défauts de transparence des modifications anthropiques passées et récentes.
Les rapports de retour d’expérience des 20 dernières années montrent le faible impact des indemnisations des particuliers sur le coût total des débordements fluviaux graves ( 10/15 %) et le faible nombre des victimes humaines directes.
Ils ne peuvent être tenus responsables du desequilibre entre le taux d’accroissement des recettes de primes et des paiements des sinistres, évalué à 1,2% en Septembre 2005 par la Mission d’Enquête interministrielle.
Ce déséquilibre est due essentiellement à d’autres phénomènes naturels tels que ruissellements pluvieux et subsidence/sécheresse.
Ils estiment, comme la Mission d’Enquête Interministérielle, que la priorité doit être mise sur la réduction des bénéfices qualifiés de
significatifs que le système procure aux Compagnies d’Assurances, à la Caisse Centrale de Réassurance,à l’Etat lui-même( 1,8 % des primes encaissées)et la gestion d'un capital de 1,4 milliards d'euros hors plus values latentes.
Elle insiste lourdement sur l’urgence de la redéfinition de chaque risque naturel couvert par le système et le besoin d’une gestion autonome qui permettrait une action efficace.
Elle insiste de la même façon sur la nécessité de rendre convergents le système de prévention qui privilégie l’alea humain et le système d’indemnisation celui de l’alea économique qui s'ignorent et se contredisent.
Elle demande que soient rendus utilisables les PPRI dont la moitié ne correspondent pas à une priorité de la politique de prévention conduite par l’Etat, que soit dissociée clairement la politique d’urbanisme de la prévention contre les catastrophes naturelles.
Elle insiste sur l’urgence du renforcement des compétences techniques jugées insuffisantes et d’une meilleure gestion de la Commission Catastrophe naturelles.
Les propriétaires riverains des fleuves subissent déjà des servitudes non indemnisables sévères. Ils ne peuvent accepter une évolution du système d’indemnisation tel que présentée dans le Rapport Particulier sur la Prévention des Risques Naturels et la Responsabilité des Acteurs remis en Septembre 2005 par la Mission Interministérielle.
Elle ne serait ni utile ni efficace pour les buts invoqués.
Elle méconnait en effet la capacité de compréhension des acteurs locaux et de leur adhésion à un système qui, dans le domaine suffisamment hermétique des polices d’assurances, fait intervenir des mesures nationales et locales, des modulations de franchises et de primes Cat.Nat , des notions d’alea toujours confondues à celles de risques toutes difficiles à évaluer et incomprises même par des acteurs présumés intellectuellement évolués.
Elle sous estime également les litiges futurs engendrés par des règlementations toujours non opposables aux tiers entre les acteurs et surtout la masse de recours prévisibles par les Compagnies d’Assurance contre les défaillances d’un acteur essentiel: l’Etat lui-même.
Les propriétaires riverains des fleuves demandent le maintien intégral du système actuel basé sur les contrats d’assurances individuels que chaque particulier peut moduler en fonction de son risque estimé et la garantie de la loi de mutualisation de Gaston Deferre de 1982.
Jean-Claude Aubanel
Co-Président de l'ARPHA